WHEREVER RIVER - texte d’exposition à la chapelle du Saint-Esprit d’Auray (monument historique laïque), 2021
« Wherever River, Partout où la rivière change de nom, est une installation composée in situ pour la Chapelle du Saint-Esprit. L’artiste Maxime Bagni a imaginé ces sculptures pour contenir un fragment du territoire qui entoure la chapelle : l’eau de la rivière d’Auray.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les vitraux d’une chapelle d’un quartier sud-berlinois ont été brisés dans les bombardements. Dans l’urgence de reconstruire ces vitraux, un industriel a fabriqué des unités de verre selon un dessin d’une bouteille de sa gamme de boissons, adaptant rapidement cette forme en une brique de verre industrielle destinée à être utilisée comme vitrail.
Interpellé par la force de ces objets laissés à l’abandon sur un chantier, l’artiste les a collectés et intègre aujourd’hui ces éléments en verre à ses sculptures dans l’enceinte de la chapelle.
« Ce matériau a presque 80 ans d’âge. Il symbolise un effort pacifique réalisé dans la précarité. C’est une forme inhabituelle et sa qualité sculpturale est chargée par l’urgence comme par l’entraide et l’imprévu. Par cette forme, je voulais rendre hommage à cet événement discret qui lie une chapelle à son histoire, aux épisodes qui la transforment et qui nous touchent. »
Par ce projet, Maxime Bagni restitue une partie du territoire dans l’espace d’exposition. Reprenant la tradition des « artistes marcheurs », il parcourt le Loch et y puise l’eau aux endroits précis où le cours de la rivière change de nom, se divise, se sépare…
« Le regard que je veux conduire sur la rivière, c’est avant tout un enjeu de sculpture : on vit sa forme, c’est un regard qui la parcourt, qui interroge son dessin, sa physique, son mouvement. Mais c’est aussi un enjeu littéraire : c’est un regard qui atteste la rivière comme une réalité, comme une histoire, par ses noms, ses identités, son début dans la mer, sa fin dans les terres, comme une phrase qui s’écrit. »
La cartographie de la rivière agit comme la partition de cette installation produite en matériaux issus du monde de l’architecture et de la construction. Travaillant avec des fragments de charpente et d’épaves de bateaux, l’artiste puise aussi dans l’histoire de la chapelle et dialogue avec son territoire. Les sculptures y sont installées en concordance avec le dessin de la rivière, d’est en ouest de la chapelle. En liant la chapelle au fleuve, Maxime Bagni travaille avec l’immatériel ; l’eau puisée au creux du territoire qui entoure la chapelle porte une puissance métaphorique.
« Ce qui m’intéresse, c’est d’ajouter aux sculptures un récit qui passe par la collecte d’eaux. Cet itinéraire, itinérance du rêve, de la marche, est la prise du temps pour faire intimité et donner de l’importance à ces gestes simples du regardeur. La restitution dans la chapelle est un travail sur le mouvement, on est entourés par les fragments de la rivière. »
Et tels les cordages tendus d’une œuvre à l’autre, et qui reprennent les formes linéaires et croisées de territoires vus du ciel, le regardeur est invité à longer l’espace de la chapelle, entouré d’un Loch dont le mouvement est stupéfait, drapé de lumière et de bois. »
Centre culturel ATHENA (ministère de la culture), 2021