THEIR BROOM, texte d’exposition au Centre d’art Chanot, Clamart, 2022

« L’installation Their Broom est la rencontre de plusieurs éléments connectés dans un circuit électrique qui les lie : il y a les plaques que l’on trouve à l’entrée des immeubles parisiens, et les manches à balai usagés qui sont collectés dans des endroits divers. Le manche à balai symbolise la main, une main commune, qui est la même pour la plupart d’entre nous, une main du travail, du lien à l’espace simple que nous habitons et des gestes répétés. C’est l’outil le plus simple qui soit, c’est le centre de l’espace domestique, celui autour duquel s’agglomère ce qui meurt autour de nous, les feuilles, les particules de poussière, le verre brisé. Le corps, dans son rapport à ces objets, est un corps à la fois ancré et libre.

Qu’est-ce que la collecte et l’exposition de ces objets apportent ? C’est exactement parce que c’est l’objet le plus pauvre et le plus commun qu’il est en mesure de connecter des récits, des paroles et des pensées. C’est l’objet le plus pauvre et c’est déjà le monument, une ampoule de bois, d’acier ou de plastique qui accompagna un corps dans un lien simple, poétique à l’espace vécu et arpenté. Au seuil des immeubles parisiens, on peut trouver des plaques de métal sur les portes en bois, au niveau des poignées, et qui ne portent pas d’inscription. Ces objets à la fonction mystérieuse captent le flux des entrants qui laissent l’empreinte de leurs mains ou bien s’y recoiffent rapidement. Cet objet aussi est de l’ordre du monument. Cet objet marque un seuil entre intimité et extériorité, parfois entre l’espace domestique et l’espace commun. Le balai accompagne toujours dans la lenteur des gestes répétés, dans ce mouvement de battement circulaire, où la pensée poétique a toute sa place.

En effet, la pensée poétique n’est pas une pensée liée à l’écriture, c’est au contraire une pensée qui nous traverse chacune et chacun dans l’intimité. L’écriture poétique, c’est l’exercice de cette pensée, pour la graver dans le réel et lui donner une existence. La pensée poétique est active, douée d’une linéarité électrique. C’est un phénomène de conduction, le tracé par les choses qui s’appellent l’une l’autre. Dans cette installation, c’est le courant électrique qui grave profondément le texte sur les métaux, par un procédé d’électrolyse basique. La vie gravée par l’électricité, c’est la vie gravée par l’instinct, par l’appel magnétique de ce qui nous touche. Cette installation maintient dans une tension électrique et vivante des objets abandonnés à une usure, récoltés comme déchets. Collectés dans des intimités séparées, éloignées, l’installation les propose en tant que composants d’un circuit, d’une unité, d’un même corps où circule l’énergie.

Aujourd’hui
c’est le premier discours qui sèche les mains
et le premier jour d’hiver
Aujourd’hui la première peau de froid
apprend aux cendres à se former
écrit l’homme inquiet dans sa biographie
aujourd’hui
l’homme inquiet écrit dans sa biographie
sa vie
son premier livre
lu jusqu’au bout
écrit comme l’électricité
»

Maxime Bagni, 2022